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BIECHEL Rémy
Rien ne l’arrête et c’est bien normal, Biechel est une des étoiles montantes du poker français. Il fait une très grosse année 2008 et c’est sans compter avec Vegas, où il a déjà fait 3...

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Soigner son image


L’image qu’un joueur dégage détermine le style de jeu que ses adversaires vont adopter face à lui. Mais quid de votre image ? Comment savoir comment les autres joueurs vous perçoivent ? Tout simplement en forgeant soi-même son image pour mieux en jouer, c’est-à-dire en n’y collant pas toujours. Explications.


Vous avez trouvé la table parfaite : plusieurs pigeons qui n’arrêtent pas de sur-relancer, et qui paient avec n’importe quelle main. Avec un petit sourire, vous passez en mode chasseur : à la première grosse paire, vous vous embusquez et piégez ces rois de la flambe. Evidemment, il faut attendre, mais finalement, ça y est : deux belles dames, vous êtes premier de parole et, fidèle à votre plan, vous ne faites que suivre. Et là, surprise : Monsieur « je relance toute mes mains », qui parle juste après vous et s’apprêtait à allonger les jetons, vous regarde d’un air soupçonneux et se ravise : il se contente de limper, comme le reste de la table. Votre jolie paire, contre cinq joueurs, semble bien faiblarde, tout spécialement quand le flop affiche Roi Dix Huit… Et voilà : les vingt coups d’avant, vous avez passé et ça a été systématiquement sur-relancé avant le flop, et là, pour une fois que vous avez une belle main, rien. Pas de chance, hein ? Ca reste à voir… Et si vous aviez un petit problème d’image ?

Tous les joueurs de poker, qu’ils soient des accros du cercle, du Net, ou du jeu entre ami, le savent : on arrive à une table avec une certaine réputation, plus ou moins valorisante. Pas besoin d’être un habitué : les fringues, l’attitude, votre habileté à manipuler vos jetons, voire votre manière de les ranger, tout est interprété par les joueurs autour de vous. Logique : on ne joue pas pareil face au « petit nouveau ultra-serré » et au « flambeur qui fait des coups de martien ». Chacun sait qu’il faut essayer de lire son adversaire. Il est en revanche beaucoup plus rare de prendre sérieusement en considération sa propre image dans sa stratégie de jeu. C’est pourtant une nécessité pour qui veut véritablement hausser son poker à un niveau supérieur.


En avoir, ou pas ?

La raison en tient à la nature même du poker : contrairement à un jeu comme les échecs, où vous avez toutes les informations disponibles, le poker est un jeu à information partielle. Quelle que soit la variante jouée, vous n’avez pas accès à l’ensemble des cartes de vos adversaires. Face à leurs actions, il vous faut donc faire un travail d’interprétation ; et évidemment, pour cela, vous prenez en compte tous les éléments disponibles, et en premier lieu ce que vous pensez savoir de chaque joueur et de ses habitudes de jeu, c’est-à-dire son image. C’est pour cela que tout le monde est observé attentivement, à une table de jeu : tous les joueurs de poker savent qu’il faut comprendre comment l’adversaire joue, et de façon symétrique qu’il faut éviter que celui-ci comprenne la façon dont on joue.

La théorie veut que la conduite optimale, face à un adversaire qui tente de vous lire, est de donner le moins d’informations possible, de garder en toutes circonstances une « poker face » qui vous rende illisible. Seulement voilà, la théorie se heurte au mur de la réalité : il est impossible de ne pas donner d’informations aux autres ! La proportion et le type de mains jouées, la manière d’enchérir, le taux de bluff, tous ces éléments d’informations sont disponibles, du moins aux adversaires les plus attentifs, et leur permet inévitablement d’assembler, sur le long terme, le puzzle de votre personnalité et de votre style ; en un mot, de (re)constituer votre image. Plutôt que d’essayer de ne pas avoir d’image, il est donc beaucoup plus utile d’essayer consciemment d’en construire une qui convienne à son style de jeu et à ses objectifs. Quoi que vous fassiez, les autres joueurs essaieront de trouver des signes à interpréter ; autant le savoir, pour mieux le retourner contre eux.

Et il faut bien sûr non seulement construire une image cohérente, mais aussi savoir l’exploiter. Imaginons qu’après une heure de jeu à une table de No-limit Hold’em, vous avez réussi à convaincre vos adversaires que vous étiez un débutant qui joue peu de mains et ne relance après le flop qu’avec au moins deux paires. Comment exploiter de façon efficace cette image ? La réponse est simple : en faisant le contraire, sur un coup donné, de ce que vos adversaires auraient attendu que vous fassiez avec votre main, par exemple en relançant gros au flop avec un bon tirage. D’où la règle de base : vous maximisez votre espérance de gain lorsque vous jouez une main d’une façon contraire à l’image que vos adversaires ont de vous. Voilà pour la théorie, passons maintenant à la pratique.


Construire et exploiter son image

Avant même la première main, votre image est évaluée : Comment êtes-vous habillé ? Avez-vous l’air à l’aise ? Connaissez-vous le personnel, les autres joueurs ? Engagez-vous davantage que le buy-in de la table en vous asseyant, et si oui, combien plus ? Etes-vous soigneux quand vous rangez vos jetons ? Les comptez-vous régulièrement ? Tous ces détails ont leur importance, et même les joueurs débutants les prennent inconsciemment en considération dans leurs décisions. Néanmoins, votre image est principalement déterminée par la façon dont vous jouez, et notamment par deux éléments simples à observer. Le premier est la proportion de mains jouées : il est très facile, à une table, de distinguer rapidement les joueurs qui entrent dans beaucoup de coups de ceux qui adoptent une attitude plus conservatrice. Le second est l’aptitude à la relance et au bluff : des relances régulières se remarquent, et un bluff raté – ou montré – marque durablement les esprits. Un joueur qui se met à jouer beaucoup de mains de façon agressive est rapidement repéré, et est catégorisé comme « maniaque » ou comme étant en « tilt », une image dont il est difficile de se débarrasser. Ces deux dimensions sont donc les premières à prendre en compte : vous devez impérativement savoir comment vous êtes globalement « noté » sur les axes serré/large et passif/agressif.

Une fois que vous avez une bonne idée de la façon dont vous êtes perçu, vous devez commencer à réfléchir à une façon d’exploiter votre image, c’est-à-dire à choisir le bon moment pour jouer « à contresens ». Il faut bien comprendre que lorsqu’on joue à contresens, il y a de bonnes chances pour que les adversaires s’en rendent compte à la fin du coup, et donc réévaluent leur jugement. Il est donc nécessaire de ne pas le faire à la légère, et uniquement de temps en temps si vous voulez rester crédible. Le meilleur timing vous est généralement dicté par la taille du pot qu’on espère gagner. C’est d’ailleurs la méthode utilisée par les meilleurs joueurs de tournois hyper-agressifs : construire une image sur des petits pots, et l’exploiter en construisant de gros pots quand ils touchent leur flop. A l’inverse, si vous avez une image de joueur serré, par exemple, il serait dommage de la gâcher en bluffant sur un petit pot : attendez plutôt le coup juteux, fortement relancé pré-flop.

Puisque la base de l’exploitation de l’image est de faire le contraire de ce que son image indique, il va de soi que vos meilleurs adversaires risquent au bout d’un moment de comprendre votre jeu, et de modifier leur perception. Il faut bien aussi se rendre compte que parfois des événements imprévus (série d’excellentes mains, bad beat, tilt) peuvent altérer votre image de façon bien involontaire. Il est alors fondamental de faire un choix entre deux attitudes : la première est de reconstruire patiemment son image, en faisant passer les événements qui ne cadrent pas avec elle comme des accidents ; la seconde est d’exploiter ce changement d’image en modifiant radicalement son style de jeu, en brouillant les cartes. La seconde approche est le plus souvent la plus efficace : osciller entre un jeu serré et un jeu large décontenancera jusque vos meilleurs adversaires. Mais cela n’a de sens qu’à condition que vous soyez vous-même un joueur expérimenté et aguerri, mais également que les autres joueurs de la table aient un niveau correct. Sans quoi vous risquez fort de vous piégiez vous-même…


Quelques images

En effet, cette adaptation au niveau d’analyse de vos adversaires est cruciale. Car il faut que vos adversaires soient à même de comprendre la subtilité de vos moves pour que ceux-ci aient une quelconque chance de succès. C’est pourquoi nous allons vous présenter quelques exemples d’images utiles à exploiter face à différents types de joueurs. A vous de juger celles qui correspondent à la fois à votre style de jeu et à celui de vos adversaires du moment.

Une image de base : le débutant craintif

- C’est généralement l’image que les vieux routards attribuent par défaut aux joueurs qu’ils ne connaissent pas. Le débutant craintif typique joue peu de mains et est facile à bluffer. En revanche, quand il relance, il a souvent une grosse main.

- Contre qui ? Cette image convient face à des adversaires plutôt faibles, prompts à juger sur l’apparence.

- Comment la construire ? Un look discret et un air légèrement désorienté conviennent bien. Dans les premiers tours de jeu, jouez serré et soyez même légèrement passif.

- Comment l’exploiter ? Une fois l’image établie, deux armes deviennent particulièrement efficaces : le bluff et l’embuscade. Bluffez les adversaires les plus serrés, et lorsque vous avez un bon jeu face à un joueur agressif, laissez-le ouvrir les enchères, suite à quoi vous pourrez relancer, ou simplement caller (mais attention, les bons joueurs deviennent soupçonneux quand un joueur serré suit une belle enchère au flop).


Une image simple : le joueur large et agressif


- Vous essayez ici de passer pour quelqu’un qui joue beaucoup de coups et surévalue ses mains après le flop, ce qui l’amène à trop agresser.

- Contre qui ? Des joueurs moyens, qui savent rapidement jauger l’agressivité d’un joueur, mais ne font pas de différence pas entre les différents types d’agression.

- Comment la construire ? En jouant beaucoup de mains, et de façon agressive, mais en essayant de surtout le faire avec une bonne position, et en évitant de s’engager dans des gros pots sans une excellente main.

- Comment l’exploiter ? En tirant profit de la faiblesse d’analyse de vos adversaires, dont la plupart ne feront pas la différence entre le comportement sur les petits et es gros pots. Votre but est d’essayer de voler des petits pots, et d’utiliser votre image agressive pour faire payer vos grosses mains. Ne vous embusquez donc quasiment jamais avec une grosse main, quand vous avez une image de joueur large et agressif : attaquez comme vous le feriez pour voler le pot.


Images complexes et tactiques

- Face à une opposition plus avancée, c’est plutôt sur l’utilisation de tactiques qu’une image peut se créer : les joueurs experts cherchent à savoir votre propension à vous embusquer avec des grosses mains, à faire un semi-bluff avec un tirage, à continuer à enchérir au flop si vous avez relancé pré-flop mais n’avez pas amélioré etc.

- Contre qui ? Les bons joueurs, qui ont décortiqué les aspects spécifiques de votre jeu.

- Comment la construire ? Simplement en étant attentif aux tactiques que vous avez effectivement déployées, et en vous demandant la façon dont vos adversaires les ont perçues.

- Comment l’exploiter ? Lorsque vous avez utilisé une tactique donnée avec une main d’un certain type, et que vous pensez que certains joueurs à la table l’ont remarqué, utilisez une tactique inverse avec une main similaire, lorsque les conditions sont bonnes (gros pot, tête à tête avec votre proie…)


A chacun son image…de vous

Comme les choses seraient simples et ennuyeuses si vous jouiez contre des adversaires identiques ! Heureusement, ce n’est pas le cas : sur une même table, vous allez être face à des joueurs de différent niveau, et qui n’auront pas tous la même façon de vous observer. Il faut donc être attentif à leur capacité à s’ajuster à votre image : rien n’est pire que de monter un coup sophistiqué pour au final échouer, simplement parce qu’on a surestimé son adversaire. Une fois qu’un joueur donné vous a catégorisé, on peut dire que vous avez du contrôle sur lui. Essayez de l’isoler par des sur-relances bien placées, surtout si vous êtes à sa gauche, et de jouer des gros pots. En revanche, évitez de jouer à contre-image face à un joueur qui vient d’arriver à la table, ou qui est inattentif : n’oubliez pas que toute la table verra le coup, et que votre image est un capital précieux qu’il ne faut surtout pas dilapider.

date
07
Sep 10
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