Heads-Up : Quels payouts pour les tournois de poker ?


Heads-Up : Quels payouts pour les tournois de poker ?

Paru dans le LivePoker de décembre dernier, ce débat sur les payouts reste plus que jamais d'actualité. C'est pour cela que la Rédaction le partage avec vous...

Au fil des évolutions dans le monde des tournois de poker, les payouts ont évolué. Du winner-take-all originel, on est passé à 5, puis 10 et 12 % du field payé, alors que dans le même temps les premiers ITMs ont pris de l’ampleur. Certains exigent encore plus ! Pour y voir plus clair, LivePoker a interrogé deux experts ! 

 

Il en va du poker comme de toute activité économique : il convient de créer plus de richesses et ensuite de distribuer celles-ci au mieux. Et le poker de tournoi est une activité florissante avec des fields de plus en plus importants et des prizepools évoluant en conséquence. Les tous premiers Main Events des WSOP comportaient une poignée de joueurs et il semblait alors normal de récompenser exclusivement le vainqueur. Les choses ont depuis bien changé avec des fields affichant des centaines, voire des milliers de joueurs, les échelles de paiement se sont adaptées pour payer de plus en plus de joueurs et de manière plus équilibrée.

Depuis 50 ans, la lutte entre les tenants de l’ordre établi, peu favorables aux changements, et ceux qui réclament toujours plus de redistribution se poursuit. Des partisans au rang desquels Philippe Ktorza s’est longtemps affiché comme un précurseur. Plus de joueurs payés, certains réclamant jusqu’à 20% ou même 30% du field, des premières places payées de manière plus conséquente et des échelles paiement plus équilibrées, notamment entre le vainqueur et la huitième ou neuvième place. Telles sont les principales revendications de ceux réclamant une redistribution plus équilibrée.

Le risque étant de rendre les premiers prix moins alléchants et de faire perdre au poker de tournoi ce qui en était le sel, à savoir le goût pour la compétition avec l’adage « seule la victoire est belle mais aussi un premier prix faisant rêver des dizaines de milliers de joueurs à l’instar du Main Event et ses millions de dollars déversés sur la table finale. Pour tenter d’y voir plus clair, LivePoker a interrogé deux spécialistes, Daniel Duthon, l’actif défenseur de payouts plus équilibrés et Apo Chantzis, le propriétaire de Texapoker, confronté en permanence aux demandes des joueurs !

 

Daniel Duthon, joueur chevronné, ambassadeur des Swiss Poker Series très impliqué pour une évolution des payouts, « il faut réduire la part attribuée à la première place ».
Pensez-vous que tous les tournois doivent avoir le même style de payouts ou la diversité peut être intéressante ?
Non, absolument pas. Ce serait une erreur de vouloir uniformiser les payouts. Les grands tournois comme les EPT, avec des buy-ins à 5300 €, fonctionnent très bien avec leurs structures actuelles. Il n’y a pas grand-chose à modifier de ce côté-là. En revanche, les tournois en dessous de 300 €, voire jusqu’à 500 €, doivent selon moi avoir une approche différente, mieux adaptée au profil des joueurs et à la taille du field.
Pour vous, quel serait le payout idéal en termes de répartition et de % du field payé ?
Pour les tournois jusqu’à 300/500 €, un payout autour de 18 % de joueurs payés me paraît idéal. Il faut garantir au minimum un x2 sur les premiers paliers, voire plus selon les cas, mais x2 est pour moi un minimum incontournable. Surtout, il faut réduire la part attribuée à la première place. Pour un tournoi à 300 €, toucher 17.000, 20.000 ou 25.000 €, c’est déjà énorme. On peut très bien conserver le côté « rêve » d’un premier prix significatif, tout en le ramenant dans des proportions plus cohérentes. D’ailleurs, selon le sondage que j’ai réalisé sur Facebook, une première place entre 9 et 12 % du prizepool semble être un bon équilibre.
Les ré-entrées généralisées sont-elles responsables de certains déséquilibres dans les paiements ?
 
Je ne partage pas vraiment cette vision, je tiens d’ailleurs à préciser que je m’exprime ici en mon nom et pas en tant qu’ambassadeur, les Swiss Poker Series et FiveBet mènent de leur côté des réflexions pour améliorer les choses. Si quelqu’un fait 5-7 re-entries, ce n’est pas la structure qui doit compenser. On ne va pas payer un joueur 5 fois le Buy-in sous prétexte qu’il est passé sept fois à la caisse. À un moment, il faut être réaliste. Les 2,5 buy-ins évoqués ne sont pas censés couvrir tous les cas extrêmes, et ce n’est pas leur rôle.
Avec des premiers paiements plus élevés et davantage de joueurs payés, ne risque-t-on pas de dangereusement diminuer les prix du vainqueur et des finalistes, ce qui fait rêver les joueurs ?
Pour les buy-ins à 300 €, je pense que le premier prix peut être réduit sans enlever le moindre attrait. Comme je le disais, gagner 17 000 ou 25 000 pour 300 € d’entrée, ça fait déjà rêver. Ce n’est pas nécessaire d’aller beaucoup plus haut pour que le tournoi reste attractif. J’ajouterai aussi qu’il existe un vrai déséquilibre entre la première place et la neuvième, avec un gap pouvant aller jusqu’à 10. Un rapport compris entre 1 à 5 et 1 à 7 selon les tournois serait plus adapté.
Apo Chantzis, fondateur de Texapoker, principal organisateur de tournois en France « Avec 2,5 fois le buy-in, un joueur peut être bénéficiaire en terminant dans l’argent ».
Selon quels critères définissez-vous les paiements des tournois que vous organisez ?
En fonction nos objectifs pour satisfaire les joueurs mais aussi de ceux de nos partenaires, notamment pour le pourcentage de joueurs payés - ça oscille entre 12,5% et 15% selon leurs volontés. En revanche, tout le monde est d’accord pour des premiers paliers à 2,5 fois le buy-in.
Justement, vous voulez généraliser les premiers ITMs à 2,5 buy-ins, pourquoi ?
Au départ, on a démarré en suivant ce qui se faisait à l’époque, avant de s’apercevoir que payer 1,5 ou 1,6 fois les places payées n’était pas viable. On a progressivement incité nos partenaires à nous suivre pour changer les choses avec un paiement minimum de 2 fois le buy-in. On a ensuite calculé qu’un buy-in de 2,5 serait assez idéal pour redistribuer plus d’argent aux premiers ITMs et favoriser l’écosystème. Le coût d’un tournoi ce n’est pas uniquement le buy-in, il y a des frais importants (hôtels, transports, restaurants, etc.), il est donc légitime de mieux payer les joueurs. Avec ces 2,5 fois le buy-in, un joueur peut être bénéficiaire rien qu’en terminant dans l’argent.
Il y d’autres revendications de certains joueurs, plus de places payées, moins de différences entre la première et la neuvième place, etc. Mais aussi certains qui s’inquiètent d’une trop forte diminution des premiers prix. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
Il faut mettre en place des changements progressivement pour améliorer les choses et la diminution du pourcentage des premiers prix va dans le bon sens, surtout avec l’augmentation des prizepools. La réduction des premières récompenses est finalement assez faible, avec une baisse pour les 2 ou 3 premiers prix d’environ 10%, ce qui ne modifie pas réellement les données, alors que pour les autres joueurs, cela change beaucoup de choses, en mieux.

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